[Culture – Opera] En rêvant, Charlemagne réunit l’Europe à Montreux

SPECTACLE MUSICAL | Le 10 avril 2010, une création mondiale a été présentée à l’Auditorium Stravinski. Une histoire qui se passe il y a plus de 1000 ans, mais qui sonne comme étrangement contemporaine.

© PATRICK MARTIN | Le metteur en scène Guillaume Bouchède (à g.) parle le français et l’espagnol. Alexander Donesch, est Autrichien et Italien d’origine… Pour se comprendre, ils tentent l’anglais. Et les gestes!

«A peine sacré, il nous échangeait la monnaie. Il n’en veut qu’une, quelle drôle d’idée…» A l’heure où l’euro ne cesse de faire parler de lui, cette parole paraît très actuelle. Et pourtant! Elle se réfère à une situation des plus anciennes. Au IXe siècle, l’empereur Charlemagne rêve d’une Europe unie. Pour concrétiser son vœu, celui qui est encore appelé aujourd’hui le père de l’Europe tente même d’introduire une monnaie unique.

De cette page historique, Eric Dalla Zanna et Jakob Vinje ont écrit et composé Un rêve pour Charlemagne. Un spectacle musical au sein duquel évolueront 20 solistes chanteurs-comédiens, le Chœur Calliope de Lausanne et un orchestre de 25 musiciens. Et, comme pour imprimer cet esprit européen, la distribution colle à la pièce: les solistes sont Suisses, Français, Allemands et Autrichiens.

Une centaine de costumes fabriqués pour l’occasion
Les répétitions de cette création mondiale, produite par le TMR (Théâtre Montreux Riviera), ont commencé lundi. Et vont s’enchaîner quotidiennement jusqu’au 10 avril. L’échéance toute proche, les heures promettent d’être longues. Pourtant, en ce premier jour de travail, l’ambiance est bon enfant. Dans la salle de musique du collège de Montreux, certains sont regroupés autour du piano et répètent Belles demoiselles.

Les regards semblent déjà complices, les âmes d’acteurs se découvrent rapidement. En attendant leur tour, d’autres se servent d’eau chaude sur la table qui leur offre tisanes, thés, eau minérale, fruits, biscuits et friandises. On fait des photos. Plus loin, on discute. Le répit est de courte durée. «On fait l’inflation», lance Jakob Vinje derrière son piano.

Tous les jeunes professionnels s’assoient et entonnent la mélodie. Après l’Hymne à la joie – hymne européen –, inclus dans l’une des compositions, le directeur musical impose un moment de réflexion. «De quoi parlent les paroles?» Silence. «Elles racontent le credo humaniste: liberté, égalité, fraternité. Donc il faut le chanter avec le cœur et beaucoup de voix.» Il passe à un autre morceau. Certains s’éclipsent, d’autres rejoignent la troupe. Mais où vont-ils?

Dans l’atelier de confection du TMR, où règne un joyeux boxon, style auberge espagnole. Anglais, français, allemand et parfois italien. Toutes les langues s’entremêlent. «C’est erasmus au théâtre», rigole le metteur en scène Guillaume Bouchède. Un couvre-chef de vizir cloué sur le crâne, il valide les costumes préparés ou retouchés par Corinne Baeriswyl et son équipe. Au total, ce sont 150 tenues – dont 100 fabriquées pour l’occasion – que les acteurs devront mettre et enlever entre les différents tableaux.

Pour coller au plus près de l’esprit d’union européenne, cette fresque musicale composée en français a été parsemée de phrases ou couplets en allemand. Un méli-mélo de langues qui ne nuit pas à la compréhension du spectacle. «Merci Charly pour l’addition, merci Charly wir danken dir.»

Source : http://www.24heures.ch/charlemagne