Tourisme de mémoire, une passion française | La-Croix.com

Le Salon mondial du tourisme, qui s’ouvre le 20 mars à Paris, met en avant le «tourisme de mémoire», pour lequel l’engouement est de plus en plus fort en France. Reportage en Normandie.

Omaha Beach, en Normandie. Surnommée, "La Sanglante", elle est l'une des cinq plages du...

(YVES GELLIE/PICTURETANK)

Omaha Beach, en Normandie. Surnommée, « La Sanglante », elle est l’une des cinq plages du Débarquement allié du 6 juin 1944.

En 1944, Henri-Jean Renaud avait 10 ans. Aujourd’hui, ce pharmacien retraité se souvient dans les moindres détails du 6 juin et des jours suivants à Sainte-Mère-Église (Manche).

 « Mon père était maire, raconte-t-il. Dans la nuit, il a été appelé pour un incendie. Tandis que le tocsin sonnait, ma mère, mes trois frères et moi récitions des prières. Soudain, nous avons entendu des avions, puis des tirs. Par une fenêtre, nous avons aperçu des parachutistes. C’était le débarquement. »

 « À l’aube, nous avons découvert que ce n’étaient pas des Anglais ! » reprend Henri-Jean Renaud. « Vers 8 heures, traversant la place avec mon père pour aller à la maison brûlée, j’ai vu plusieurs parachutistes américains qui, restés accrochés dans les arbres, avaient été tués par les Allemands… »

COMMÉMORATION DU D-DAY

Ce moment a marqué toute la vie de Henri-Jean Renaud. Parce que la Normandie a été très touchée par ces événements.

Parce que ses parents, anglophones l’un comme l’autre, ont longtemps correspondu avec des familles soucieuses d’avoir des informations sur « leurs » soldats morts au combat.

Aujourd’hui encore, il reste en contact avec la famille du capitaine américain Garrabrant. En juin, c’est tout naturellement qu’il hébergera deux vétérans du 508e  régiment de la 82e  Airborne qui, âgés de 90 ans, traverseront, une fois encore, l’Atlantique pour commémorer le D-Day.

UNE FRÉQUENTATION SUPÉRIEURE DE 20 À 30 % EST ESPÉRÉE

En Normandie, ce 70e  anniversaire aura un lustre particulier : il sera l’un des derniers auquel participeront des vétérans. Et plusieurs chefs d’État étrangers viendront. Aussi est-il soigneusement préparé. Pour des raisons historiques mais aussi… économiques.

La quarantaine de sites et musées consacrés, dans cette région, aux événements de 1944 voit en effet défiler, bon an mal an, plusieurs millions de visiteurs.

Avec cet anniversaire, une fréquentation supérieure de 20 à 30 % est espérée. Une aubaine en ces temps de crise pour les hôtels, restaurants, marchands de souvenirs et, bien entendu, pour les sites.

DES OUTILS POUR AIGUILLER LES VISITEURS

Des outils ont donc été créés pour aider les visiteurs à s’informer (www.le70e-normandie.fr)à organiser leur séjour    (www.normandie-tourisme.fr)  et à mieux comprendre le Débarquement et la bataille de Normandie  (www.normandiememoire.com). Et la plupart des musées et sites ont mis les petits plats dans les grands. Qu’on en juge !

Sainte-Mere

Musée de Airborne de Sainte-Mère-l’Eglise. (PAULA BOYER)

Prenons Sainte-Mère-Église, justement. Le musée associatif Airborne, implanté depuis 1962 au centre de ce bourg, face à son église rendue célèbre par le parachutiste John Steele resté accroché à son clocher (c’est celui du film Le Jour le plus long), va proposer, raconte Magali Mallet, sa directrice, un troisième espace en forme d’aile d’avion.

À partir de mai, il fera découvrir aux visiteurs, de manière très didactique et plus moderne, les enjeux de l’opération Neptune et les rudes combats pour prendre puis conserver Saint-Mère-Église, étape clé pour empêcher l’arrivée des renforts allemands vers les plages du Débarquement.

Ce sera un atout de plus pour ce musée qui présente déjà à ses 170 000 visiteurs annuels un planeur Waco CG-4A unique en France et, dans un espace en forme de parachute, un avion Douglas C-47 Skytrain.

OPÉRATION OVERLORD AU MUSÉE DU DÉBARQUEMENT

Non loin de Sainte-Mère-Église se trouve, sur la côte normande, Utah Beach. Cette plage avait été ajoutée au dernier moment aux plans initiaux du Débarquement car elle permettait, ensuite, la prise de Cherbourg, seul port de la région permettant d’acheminer par tous temps troupes et matériels.

Sur place, Ingrid Anquetil, directrice du Musée du Débarquement accroché à la dune, est fébrile. Grâce, entre autres, à l’aide financière des frères Dewhurst, les enfants d’un soldat mort à Utah Beach, l’agrandissement de ce musée communal a été possible.

Le « clou » des 3 000 m² de salles d’exposition mettant en valeur le succès de l’opération Overlord, sera désormais un de ces B 26 « Marauder » envoyés pour bombarder les défenses côtières allemandes avant l’assaut des Alliés. Des visites guidées, thématiques, des collections et des plages sont également proposées. Ainsi que, pour les enfants, des chasses au trésor sur les pas d’un médecin, le docteur Milton.

LA BATTERIE D’AZEVILLE, PRÊTE POUR L’ANNIVERSAIRE

À dix kilomètres de là, plus modestement, la batterie d’Azeville, site géré par le conseil général de la Manche, s’est lui aussi préparé pour le 70e anniversaire : ses casemates ont retrouvé leur camouflage de pierres peintes pour se confondre avec les maisons du village.

 « Cette batterie date de 1941, rappelle Claire Pons qui accompagne les visiteurs. C’était l’un des premiers éléments du Mur de l’Atlantique construit par les Allemands pour parer à un débarquement. »

RANDONNÉES À OMAHA BEACH

À une heure de route de là, on arrive à Omaha Beach, dans le Calvados. Sur cette plage, comme sur toutes celles qui ont vu débarquer les soldats alliés, sont désormais organisées des « randonnées de la liberté », à pied, à vélo, en rollers, à cheval, etc.

Mais, ce soir de février, la tranquillité d’Omaha Beach est à peine troublée par un couple en promenade avec son chien.

À l’horizon, un vraquier. Difficile de réaliser que, au soir du 6 juin 1944, l’eau y était rouge du sang des milliers de soldats américains tombés sous les tirs allemands.

CIMETIÈRES AMÉRICAIN ET ALLEMAND

De ce débarquement plus difficile que prévu, suivi d’une bataille de Normandie qui a fait rage cent jours, témoignent, tout près de là, des cimetières. Celui de Colleville-sur-Mer, côté américain, celui de La Cambe, côté allemand.

Le premier, éclatant sous le soleil couchant avec ses croix bien alignées en marbre de Carrare, voit défiler 1,5 millions de visiteurs par an : c’est le site lié à la bataille de Normandie le plus fréquenté.

Le second cimetière est plus sombre avec ses plaques en terre (allemande) cuite et ses croix en granit, trapues, au ras du sol. L’un comme l’autre portent la mémoire des combats et la douleur des familles qui, souvent encore, font fleurir les tombes. Et viennent en pèlerinage, comme cette Américaine, très émue : « L’oncle de mon mari est enterré là », dit-elle.

L’ÉTONNANTE COLLECTION DU MUSÉE OVERLORD

Tout près du cimetière de Colleville, Jean-Christophe Lefranc, directeur dumusée privé Overlord, surveille, lui aussi, les derniers travaux : tout sera fin prêt pour le D-Day !

D’abord installée à Falaise, l’étonnante collection (10 000 pièces dont un char Sherman, un camion GMC, un Panzer 5 allemand, etc.) rassemblée par Michel Leloup a été transplantée là il y a dix-huit mois.

Sous peu, les visiteurs y découvriront, au fil des « 35 scènes » présentées, les moments les plus marquants du Débarquement.

LE MÉMORIAL SUR LE PIED DE GUERRE

Ces temps-ci, le Mémorial installé à Caen – ville détruite à 75 % par les bombardements – est également… sur le pied de guerre. Ses très riches collections permanentes attirent annuellement 370 000 visiteurs.

Cette année, il ouvre un nouvel espace (le « bunker de commandement »), présente deux expositions temporaires (photos du soldat-reporter Tony Vaccaro 100 objets emblématiques de la bataille de Normandie), propose des veillées consacrées à la réconciliation franco-allemande et raconte, sur Twitter, les aventures quotidiennes de Louis Castel – un personnage fictif – en 1944.

Enfin, le cinéma circulaire d’Arromanches – qu’il gère désormais – présentera un nouveau film sur la bataille de Normandie avec des effets 3D. Les auteurs ? Daniel Costelle et Isabelle Klark, documentaristes talentueux.

« BESOIN DE COMPRENDRE, DE TRANSMETTRE AUX JEUNES GÉNÉRATIONS »

Le public sera-t-il au rendez-vous ? Tout porte à le croire. En 2010, selon Atout France, l’Agence de développement touristique de la France, 6,2 millions de visiteurs (dont 45 % d’étrangers) ont été enregistrés dans les sites « mémoriels » payants de France (tous ne concernent pas, tant s’en faut, 1939-1945).

Cette fréquentation qui va croissant, engendre un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros (+ 3 % en quatre ans) sur les sites proprement dits et des retombées cinq fois supérieures dans l’économie locale (hôtels, restaurants, etc.).

Pourquoi cet engouement ? « Le besoin de comprendre, de transmettre aux jeunes générations », expliquent les organisateurs du Salon mondial du tourisme de Paris , qui consacrent un espace spécifique et scénographié au « tourisme de mémoire ».

QU’EST-CE QUE LE « TOURISME DE MÉMOIRE » ?

Le « tourisme de mémoire », qu’est-ce à dire ? « Il concerne les lieux où se sont déroulés les conflits modernes, encore très présents dans la mémoire de nos contemporains », précise Guy Valembois, directeur de l’Office de tourisme de Reims et président de l’Association du front occidental de la Grande Guerre.

Seraient donc concernés les seuls sites de la guerre de 14-18 de 39-45, de la guerre d’Indochine et de la guerre d’Algérie.

« 1870 n’en fait pas partie mais il y a un débat, convient Guy Valembois,car ce conflit-là conduit directement à la Grande Guerre. »

TOURISME DE SOUVENIR

De son côté, Atout France évoque un tourisme de souvenir (pèlerins et anciens combattants se recueillent dans les ossuaires et nécropoles) qui évolue comme tourisme de mémoire (c’est le temps de l’explication dans un Mémorial) avant de s’enraciner comme tourisme d’histoire.

Ce distinguo peut sembler subtil aux non-spécialistes, d’autant que les collectivités territoriales cherchent de plus en plus à attirer les touristes en surfant sur la passion des Français pour l’histoire.

En témoignent aussi bien la création du MuséoParc consacré aux Gaulois à Alésia (Côte-d’Or) que la célébration du 800anniversaire de la bataille de Bouvines dans cette commune du Nord, ou celle du bicentenaire de la « campagne de France » de Napoléon Ier en Champagne-Ardenne.

 Un salon mondial pour imaginer ses vacances

Le Salon mondial du tourisme se tient du 20 au 23 mars à la Porte de Versailles à Paris. Cette année encore, plus de 500 destinations y sont représentées.

En 2013, 111 823 personnes (+ 6 %) s’y étaient pressées pour trouver des idées de vacances, en France et à l’étranger. Cette année, malgré la crise, un nombre équivalent de visiteurs est attendu.

Pour sa 39e  édition, ce Salon consacre, pour la deuxième fois, un espace entièrement voué au tourisme de mémoire.

Des espaces spécifiques seront également consacrés aux croisières, au tourisme à vélo (c’est tendance et à la portée de presque tous grâce aux vélos électriques), à l’œnotourisme qui associe richesse viticole et découverte des terroirs. Enfin, hébergements et prestations adaptés aux personnes en situation de handicap sont regroupés dans un même pavillon.

PAULA BOYER (à Caen, Omaha Beach, Utah Beach, Sainte-Mère-Église)

Tourisme de mémoire, une passion française | La-Croix.com.

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